Le guide pour les immigrés francophones au Canada
Protéger son bien immobilier en cas de séparation sans contrat (2026)
Au Québec, l'immeuble suit le titre de propriété — pas ce que chacun a payé. Douze ans de versements sur une maison qui n'est pas à ton nom peuvent ne rien te donner. Les quatre documents qui règlent le problème avant qu'il n'arrive.

Au Québec, l'immeuble suit le titre de propriété — pas ce que chacun a payé. Douze ans de versements sur une maison qui n'est pas à ton nom peuvent ne rien te donner. Les quatre documents qui règlent le problème avant qu'il n'arrive.
Points clés abordés
- ⚖️ Le point de départ : le titre décide
- 🆕 Le régime d'union parentale change la donne — pour certains
- 🛠️ Les recours quand rien n'a été signé
- 🛡️ Les quatre protections à mettre en place
- 💍 Et si vous êtes mariés ?
- 🍁 Hors Québec
- ❓ FAQ — Protéger son bien immobilier
- 📚 Sources officielles
Vous achetez, ou l'un de vous possède déjà. Vous vivez ensemble, vous partagez les dépenses, tout va bien. Personne n'a envie de parler de séparation au moment d'emménager.
C'est précisément pour ça que le problème existe. Au Québec, des conjoints de fait qui se séparent n'ont aucun partage automatique du patrimoine — et l'immeuble suit strictement ce que dit le titre de propriété, pas ce que chacun a payé.
Ce guide explique ce qui se passe réellement à la rupture, et les documents qui règlent le problème avant qu'il ne survienne.
⚖️ Le point de départ : le titre décide
Trois configurations, trois issues très différentes.
| Situation | À la séparation |
|---|---|
| Un seul nom au titre | Le propriétaire garde tout. L'autre n'a aucun droit automatique, même après des années de paiements |
| Deux noms, sans parts précisées | Présomption de parts égales (50/50), peu importe qui a versé quoi |
| Deux noms, parts précisées à l'acte | Chacun détient la part inscrite |
🆕 Le régime d'union parentale change la donne — pour certains
Depuis le 30 juin 2025, les conjoints de fait qui deviennent parents d'un enfant commun né à compter de cette date sont soumis par défaut au régime d'union parentale, qui crée un patrimoine partageable incluant la résidence familiale, les meubles qui la garnissent et les véhicules familiaux.
Trois limites importantes :
- Il ne vise pas les couples sans enfant commun.
- Il ne vise pas automatiquement les couples dont les enfants sont nés avant le 30 juin 2025 — mais ceux-ci peuvent y adhérer par une convention signée devant notaire ou devant deux témoins.
- Il ne couvre pas les immeubles qui ne servent pas de résidence à la famille : immeuble à revenus, terrain. (Un chalet utilisé par la famille, lui, en fait partie.)
Autrement dit : la majorité des conjoints de fait actuels restent soumis à la règle générale. Voir notre guide sur les droits des conjoints de fait.
🛠️ Les recours quand rien n'a été signé
Ils existent, mais ce sont des recours judiciaires : longs, coûteux, à l'issue incertaine.
L'enrichissement injustifié. Tu dois prouver ton appauvrissement, l'enrichissement de l'autre, le lien entre les deux, et l'absence de justification. La preuve repose sur des relevés, des factures, des virements — souvent difficiles à reconstituer après dix ans.
La société tacite. Démontrer que vous exploitiez de fait un projet commun, avec apports, intention de partager et comportement conforme.
🛡️ Les quatre protections à mettre en place
1. La convention d'indivision
C'est le document lorsque vous êtes copropriétaires. Rédigée par un notaire, elle prévoit :
- les parts respectives, ajustées selon les mises de fonds réelles ;
- la répartition des dépenses courantes et des travaux majeurs ;
- le sort de l'immeuble à la rupture : qui peut racheter la part de l'autre, à quel prix, dans quel délai ;
- un mécanisme d'évaluation de la valeur en cas de désaccord ;
- ce qui arrive en cas de décès ou de défaut de paiement de l'un.
Sans cette convention, le Code civil s'applique par défaut — et il permet notamment à un indivisaire d'exiger le partage, ce qui peut forcer la vente de l'immeuble.
2. Le contrat de vie commune
Plus large que la convention d'indivision : il couvre l'ensemble de la relation patrimoniale, y compris la compensation d'un conjoint qui réduit sa carrière pour la famille, et le sort des autres biens.
3. Le testament
Sans testament, un conjoint de fait n'hérite de rien au Québec, sauf en union parentale (il reçoit alors un tiers de la succession s'il y a des enfants). Le survivant peut se retrouver sans droit de demeurer dans l'immeuble, face aux héritiers légaux du défunt. Voir notre guide sur le testament.
4. L'assurance vie
C'est le complément le plus souvent oublié. Si l'un des copropriétaires décède, l'autre doit assumer seul l'hypothèque, ou racheter la part des héritiers.
Une assurance vie croisée — chacun assuré, l'autre désigné bénéficiaire — fournit le capital nécessaire pour racheter la part ou solder le prêt. La désignation de bénéficiaire verse directement au survivant, généralement hors succession.
💍 Et si vous êtes mariés ?
Tout change. Le patrimoine familial s'applique automatiquement au mariage et à l'union civile : la résidence familiale, les meubles, les véhicules d'usage familial et les REER accumulés pendant le mariage se partagent, peu importe le nom au titre.
C'est un partage d'ordre public : on ne peut y renoncer d'avance par contrat de mariage. Voir notre guide sur le patrimoine familial.
🍁 Hors Québec
Le droit de la famille étant provincial, les règles diffèrent. Si l'immeuble et le couple sont dans une autre province, la question n'est plus seulement « à qui est le titre ? », mais aussi « depuis combien de temps vivez-vous ensemble ? » :
| Province ou territoire | Partage légal des biens familiaux (dont la maison) entre conjoints de fait |
|---|---|
| Colombie-Britannique | ✅ Après 2 ans de relation semblable au mariage |
| Alberta | ✅ Partenaires interdépendants adultes : 3 ans, moins avec un enfant commun, ou entente signée |
| Saskatchewan | ✅ Après 2 ans de cohabitation (demande dans les 2 ans suivant la séparation) |
| Manitoba | ✅ Union enregistrée, ou 3 ans de cohabitation (1 an avec un enfant commun) |
| Territoires du Nord-Ouest | ✅ Après 2 ans, ou plus tôt avec un enfant commun |
| Nunavut | ⚠️ Pas clair : fais valider par un avocat |
| Nouvelle-Écosse | ⚠️ Seulement pour les partenaires domestiques enregistrés |
| Ontario, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, Yukon | ❌ Aucun, peu importe la durée : le titre décide, comme au Québec |
Dans les provinces sans partage légal, le conjoint qui n'est pas au titre n'a que le recours pour enrichissement injustifié, encadré par l'arrêt Kerr c. Baranow de la Cour suprême (2011) — avec les mêmes difficultés de preuve qu'au Québec. En Ontario, le droit égal de possession du foyer conjugal (matrimonial home) est réservé aux époux mariés.
Les outils de prévention ont leur équivalent partout : l'entente de cohabitation (cohabitation agreement) joue le rôle de la convention d'indivision et du contrat de vie commune. Hors Québec, la façon d'inscrire le titre compte aussi : en joint tenancy, la part du premier décédé passe automatiquement au survivant (voir notre guide sur ce qui arrive à la maison au décès d'un conjoint de fait). Un déménagement interprovincial peut donc modifier tes protections : vérifie avant de partir. Le détail par province est dans notre guide sur les droits des conjoints de fait.
❓ FAQ — Protéger son bien immobilier
Pas automatiquement : le titre fait foi et la présomption est de parts égales. Une convention d'indivision peut toutefois reconnaître ta mise de fonds initiale et prévoir qu'elle te soit remboursée en priorité avant le partage de la plus-value. Fais-la rédiger maintenant, pas au moment de la rupture.
C'est en soi une information à prendre au sérieux. Tu peux protéger ta position autrement : conserver systématiquement les preuves de tes apports, éviter d'investir massivement dans un immeuble dont tu n'es pas propriétaire, et documenter par écrit les ententes verbales. Un notaire peut te conseiller sur les mesures unilatérales possibles.
Oui, par acte notarié. Attention aux conséquences : le transfert d'une part peut déclencher des droits de mutation, avoir un impact fiscal si l'immeuble n'est pas la résidence principale, et nécessite l'accord du prêteur hypothécaire. Fais évaluer l'ensemble avant de procéder.
Les deux emprunteurs restent solidairement responsables envers le prêteur, peu importe votre entente privée. Si l'un cesse de payer, le prêteur se tourne vers l'autre — et le défaut apparaît au dossier de crédit des deux. Retirer un emprunteur exige l'accord du prêteur et une nouvelle qualification du conjoint qui reste.
Nettement moins qu'un litige. C'est un acte notarié dont le coût dépend de la complexité de la situation. Rapporté au montant en jeu — souvent la principale valeur d'un ménage — c'est l'un des meilleurs investissements de protection qui existent.
Le mariage déclenche le patrimoine familial, qui couvre la résidence familiale. Mais une convention garde son utilité pour les biens hors patrimoine familial : immeuble à revenus, terrain, entreprise (un chalet utilisé par la famille, lui, fait partie du patrimoine familial). Un contrat de mariage peut également préciser le régime applicable aux autres biens.
📚 Sources officielles
- Éducaloi — Couples et biens
- Chambre des notaires du Québec — Convention d'indivision
- Ministère de la Justice du Québec — Union parentale
- Code civil du Québec — De l'indivision
- ACFC — Assurance hypothécaire et assurance vie
- Gouvernement de l'Ontario — Partage des biens à la fin d'un mariage ou d'une union de fait
- Gouvernement de la Colombie-Britannique — Conjoints de fait : biens et dettes
- Alberta.ca — Partage des biens entre partenaires non mariés
- Manitoba — Conjoints de fait et biens
