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Conjoints de fait, maison achetée ensemble : que se passe-t-il à ton décès ? (2026)
Sans testament, ton conjoint de fait n'hérite pas de ta part de la maison : elle va à tes héritiers légaux, souvent tes enfants. Le survivant devient copropriétaire indivis avec eux, sans aucun délai légal garanti pour rester dans les lieux. Et si l'héritier est mineur, la loi ajoute tutelle, conseil de tutelle et autorisation du tribunal.

Sans testament, ton conjoint de fait n'hérite pas de ta part de la maison : elle va à tes héritiers légaux, souvent tes enfants. Le survivant devient copropriétaire indivis avec eux, sans aucun délai légal garanti pour rester dans les lieux. Et si l'héritier est mineur, la loi ajoute tutelle, conseil de tutelle et autorisation du tribunal.
Points clés abordés
- ⚖️ Le point de départ : tu es un tiers pour ton conjoint de fait
- 🏠 Ta part ne bouge pas — celle du défunt, si
- ⏳ Combien de temps peux-tu rester dans la maison ?
- 🔓 Sortir de l'indivision : négociation, rachat ou vente forcée
- 👶 Et si l'héritier de la part du défunt est un enfant mineur ?
- 🛡️ Comment se protéger avant que ça arrive
- 🍁 Hors Québec : la façon d'enregistrer le titre change tout
- ❓ FAQ — Conjoints de fait, maison et décès au Québec
- 📚 Sources officielles
Vous êtes en couple sans être mariés, vous avez acheté votre maison ensemble, moitié-moitié. L'un de vous décède sans testament — ou avec un testament qui ne mentionne pas l'autre. Combien de temps le survivant peut-il rester dans la maison s'il n'hérite pas de la part du défunt ?
La réponse dérange presque toujours les couples non mariés : il n'y a aucun délai légal garanti. Pas de « droit de rester un an », pas de protection automatique. Ce guide t'explique pourquoi, ce qui arrive concrètement à la part du défunt, et ce que ça change si l'héritier est un enfant mineur.
⚖️ Le point de départ : tu es un tiers pour ton conjoint de fait
Au Québec, les conjoints de fait n'ont aucun droit successoral automatique l'un envers l'autre, sauf s'ils sont en union parentale (enfant commun né ou adopté depuis le 30 juin 2025). Sans testament, la loi te traite comme un étranger dans la succession de ton conjoint — exactement comme un voisin ou un collègue de travail.
Ça vaut aussi pour les couples propriétaires en commun de leur maison : posséder la moitié de la propriété ne te donne aucun droit sur l'autre moitié si ton conjoint décède sans t'avoir désigné comme héritier.
Pour tout le reste de ce guide, on prend le cas le plus fréquent : pas de testament nommant le survivant, pas d'union parentale applicable.
🏠 Ta part ne bouge pas — celle du défunt, si
Concrètement, voici ce qui se passe le jour du décès :
- Le survivant garde sa propre part de la maison (souvent 50 %) — elle ne fait pas partie de la succession du défunt.
- La part du défunt (l'autre 50 %) devient un bien de sa succession. Sans testament valide en faveur du survivant, elle va aux héritiers légaux, dans cet ordre : d'abord les enfants du défunt, à défaut ses parents et frères/sœurs, etc.
- Le survivant se retrouve donc copropriétaire indivis de la maison — non plus avec son conjoint, mais avec les héritiers de celui-ci. Si le défunt avait des enfants d'une union précédente, ils héritent au même titre que ceux qu'il a eus avec le survivant ; les enfants du survivant issus d'une autre union (qui ne sont pas ceux du défunt) n'héritent pas.
⏳ Combien de temps peux-tu rester dans la maison ?
C'est ici que la différence avec les couples mariés frappe le plus fort. Un conjoint marié ou uni civilement bénéficie du partage du patrimoine familial, avec des mécanismes qui peuvent lui permettre de conserver la résidence familiale dans le partage. Le conjoint de fait, lui, n'a rien de tel.
Sans convention signée à l'avance, n'importe quel copropriétaire indivis peut demander le partage en tout temps. C'est le principe de base de l'indivision en droit québécois : nul n'est tenu de rester indivisaire contre son gré. Concrètement, les héritiers du défunt — souvent ses enfants — peuvent réclamer leur part en argent, ce qui force une négociation, un rachat ou, en cas de désaccord, une vente judiciaire.
Il n'existe aucun délai fixe (ni un mois, ni six mois, ni un an) pendant lequel le survivant serait automatiquement protégé. Ton seul recours est de demander au tribunal de reporter le partage pour éviter une perte, pour deux ans au plus (art. 1032 C.c.Q.), et rien ne garantit qu'il l'accordera. Tout dépend :
- de la bonne volonté des héritiers ;
- de l'existence (ou non) d'une convention d'indivision signée à l'achat ;
- du temps que prennent les démarches légales si personne ne s'entend.
🔓 Sortir de l'indivision : négociation, rachat ou vente forcée
Trois issues sont possibles quand le survivant se retrouve copropriétaire avec les héritiers du défunt :
| Scénario | Ce qui se passe | Ce qu'il faut |
|---|---|---|
| Entente amiable | Le survivant rachète la part des héritiers, ou les héritiers acceptent d'attendre | Une évaluation professionnelle de la maison, et l'accord de tous |
| Convention d'indivision préexistante | Le document signé à l'achat prévoit une durée minimale, un droit de premier refus ou des règles de rachat | Avoir signé la convention avant le décès — impossible à créer après coup avec des héritiers non coopératifs |
| Partage forcé (licitation) | Un héritier refuse d'attendre et demande le partage judiciaire ; le tribunal peut ordonner la vente de la maison | Des procédures, des délais, des frais d'avocat pour toutes les parties |
👶 Et si l'héritier de la part du défunt est un enfant mineur ?
C'est le scénario qui complique tout, parce qu'un enfant mineur ne peut poser aucun acte juridique lui-même — ni négocier, ni vendre, ni accepter un rachat de sa part.
Qui représente l'enfant ?
- Si l'enfant est né du couple (donc aussi l'enfant du survivant), le survivant est déjà son tuteur légal et le demeure seul après le décès.
- Si l'enfant vient d'une union précédente du défunt, la tutelle légale revient à son autre parent — pas au conjoint survivant, qui n'a alors aucune autorité sur la part de l'enfant, comme dans l'exemple de Karim et Julie plus haut.
Le conflit d'intérêt, même quand le survivant est le parent-tuteur
Un tuteur ne peut pas agir seul dès qu'il y a conflit entre son intérêt personnel et celui de l'enfant. Le Curateur public du Québec donne explicitement cet exemple : si le tuteur veut acquérir le bien de l'enfant, ou une partie de celui-ci, il se place en conflit d'intérêts et un tuteur ad hoc doit être désigné. C'est exactement la situation du survivant qui veut racheter la part de l'enfant dans la maison qu'ils possèdent ensemble. Et si le partage se règle devant le tribunal, le Code civil prévoit aussi un tuteur ad hoc dès que l'enfant a des intérêts à discuter en justice avec son tuteur (art. 190 C.c.Q.). Il faut donc la nomination d'un tuteur ad hoc pour représenter l'enfant dans ce dossier — vente, partage ou rachat de sa part.
Un encadrement renforcé vu la valeur en jeu
Une part de maison dépasse presque toujours les seuils qui déclenchent une supervision accrue :
- Plus de 40 000 $ de biens au nom du mineur → un conseil de tutelle doit être formé, et le tuteur doit fournir une sûreté (garantie ou assurance).
- Plus de 40 000 $ pour une transaction visant un immeuble en indivision avec l'enfant (vente, partage) → autorisation du tribunal, qui demande l'avis du conseil de tutelle (en deçà, l'autorisation du conseil de tutelle suffit).
Concrètement, rien ne se règle à l'amiable directement avec l'enfant. Il faut l'accord de son représentant (le tuteur ad hoc si le survivant est lui-même son tuteur), puis l'autorisation du conseil de tutelle ou, au-delà de 40 000 $, celle du tribunal, qui demande l'avis du conseil. Et pour vendre un bien de plus de 40 000 $, le tuteur doit obligatoirement obtenir l'évaluation d'un expert, ce qui permet de s'assurer que le prix payé pour la part de l'enfant est juste envers lui.
🛡️ Comment se protéger avant que ça arrive
Pour l'ensemble des protections à mettre en place comme couple non marié — pas seulement pour la maison — vois notre guide sur les droits des conjoints de fait au Québec et celui sur le décès sans testament au Québec.
🍁 Hors Québec : la façon d'enregistrer le titre change tout
Si ta maison est située dans une autre province, le raisonnement ci-dessus ne s'applique pas tel quel — parce que le droit civil québécois et la common law des autres provinces ne traitent pas la copropriété de la même façon.
Dans les provinces de common law, un couple qui achète une maison choisit entre deux modes d'enregistrement du titre — et le choix fait à l'achat détermine tout au décès :
| Mode de détention | Ce qui arrive au décès | Équivalent québécois |
|---|---|---|
| Tenants in common (parts indivises) | La part du défunt tombe dans sa succession, comme au Québec — le survivant devient copropriétaire avec les héritiers | L'indivision décrite plus haut |
| Joint tenants (avec droit de survie) | Le survivant devient automatiquement propriétaire de la totalité, peu importe le testament du défunt, peu importe son statut marital | N'existe pas en droit civil québécois |
Si vous êtes en tenants in common (ou si vous ignorez lequel des deux modes s'applique à votre titre — beaucoup de couples ne le savent pas), la reconnaissance du conjoint de fait comme héritier légal varie ensuite énormément d'une province à l'autre :
| Province ou territoire | Conjoint de fait héritier sans testament ? |
|---|---|
| Colombie-Britannique | ✅ Après 2 ans de relation semblable au mariage |
| Alberta | ✅ Partenaire interdépendant adulte : 3 ans, moins avec un enfant commun, ou entente signée |
| Saskatchewan | ✅ Après 2 ans de cohabitation |
| Manitoba | ✅ Union enregistrée, ou 3 ans de cohabitation (1 an avec un enfant commun) |
| Territoires du Nord-Ouest, Nunavut | ✅ Après 2 ans, ou relation d'une certaine permanence avec un enfant commun |
| Nouvelle-Écosse | ⚠️ Seulement s'il s'agit d'un partenariat domestique enregistré |
| Yukon | ⚠️ Pas d'héritage automatique : après 12 mois de cohabitation, il peut demander au tribunal une allocation sur la succession |
| Ontario | ❌ Non : seulement une demande de pension alimentaire à la succession (dependant's support) s'il était à la charge du défunt |
| Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador | ❌ Non |
Même là où il est reconnu, le conjoint de fait hérite de la part du défunt dans la maison au même titre que les autres biens : s'il y a des enfants d'une autre union, la succession se partage avec eux.
❓ FAQ — Conjoints de fait, maison et décès au Québec
Non. Contrairement aux couples mariés ou unis civilement, les conjoints de fait n'ont aucun délai légal garanti. Le survivant garde sa propre part, mais devient copropriétaire indivis avec les héritiers du défunt, qui peuvent demander le partage en tout temps.
Elle va aux héritiers légaux dans l'ordre prévu par la loi : d'abord les enfants du défunt, à défaut ses parents et frères et sœurs. Le conjoint de fait n'hérite de rien par défaut, sauf s'il est en union parentale.
C'est un document notarié qui encadre à l'avance la copropriété : durée avant qu'un partage puisse être exigé (jusqu'à 30 ans), droit de premier refus, règles de rachat en cas de décès ou de séparation. Elle doit être signée avant qu'un problème survienne — impossible à négocier après coup avec des héritiers non coopératifs.
Son tuteur légal — le survivant s'il est aussi le parent de l'enfant, sinon l'autre parent de l'enfant. Si le survivant est tuteur, un tuteur ad hoc doit être nommé pour représenter l'enfant dans toute décision touchant la maison, à cause du conflit d'intérêt.
Pas quand l'enfant hérite directement d'une part de la maison sans testament : ces mécanismes protègent son patrimoine et sont exigés par la loi dès que la valeur dépasse les seuils prévus (40 000 $ de biens pour le conseil de tutelle ; au-delà de 40 000 $, autorisation du tribunal pour vendre ou partager un immeuble en indivision). Un testament qui prévoit autrement — par exemple un usufruit au survivant — peut éviter que l'enfant hérite directement de la propriété.
Oui, si le couple a un enfant commun né ou adopté à compter du 30 juin 2025. Le survivant hérite alors automatiquement du tiers de la succession et bénéficie du partage du patrimoine d'union parentale, qui inclut la résidence familiale — une protection comparable à celle des couples mariés.
Vérifie d'abord comment le titre est enregistré. En joint tenants, le survivant devient automatiquement propriétaire de la totalité — un mécanisme que le Québec ne connaît pas. En tenants in common, la situation ressemble à l'indivision québécoise, mais la reconnaissance du conjoint de fait comme héritier varie fortement selon la province. Vois notre guide sur le décès sans testament au Canada hors Québec.
📚 Sources officielles
- Curateur public du Québec — La simple administration des biens du mineur
- Éducaloi — La tutelle au mineur
- Québec.ca — Conseil de tutelle
- Chambre des notaires du Québec — Convention de copropriété indivise
- Allen Madelin — Les droits du conjoint de fait dans une succession au Québec
- Code civil du Québec — Livre de l'indivision (LégisQuébec)
- Probate Law Group — Tenants in Common vs Joint Tenancy
- Manulife — Joint tenants with rights of survivorship: an appropriate strategy?
- Manitoba — Héritage et prestations des conjoints de fait
- Yukon.ca — Termes utilisés en matière de testaments et de successions
