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Décès sans testament au Québec : qui hérite de quoi ? Guide complet 2026
Décès sans testament au Québec : qui hérite de quoi ? Les règles de la succession ab intestat au Québec expliquées.

Décès sans testament au Québec : qui hérite de quoi ? Les règles de la succession ab intestat au Québec expliquées.
Points clés abordés
- 🔎 Qu'est-ce qu'une succession « ab intestat » ?
- 📊 Qui hérite sans testament au Québec ? Les règles de répartition
- 🆕 La grande nouveauté 2025 : l'union parentale et ses effets sur la succession
- 💔 Conjoints de fait sans union parentale : tu n'hérites de RIEN
- 🌍 Pourquoi c'est particulièrement important quand tu es nouvel arrivant
- 🛡️ Comment te protéger ? Les solutions
- ⚖️ Le liquidateur de succession : qui s'occupe de tout ?
- 🍁 Et dans les autres provinces du Canada ?
- ❓ Questions fréquentes
Tu viens d'arriver au Canada et tu t'installes au Québec. Tu construis ta vie ici, tu travailles dur, tu épargnes… mais est-ce que tu as pensé à ce qui arriverait à tes proches si tu décédais subitement ? Au Québec, si tu meurs sans testament, ce n'est pas forcément ton conjoint qui hérite de tout. Et si tu es conjoint de fait, la situation peut devenir encore plus compliquée.
En tant que nouvel arrivant, cette question est d'autant plus cruciale : ta famille est peut-être répartie entre le Canada et ton pays d'origine, et les règles de succession québécoises sont probablement très différentes de celles que tu connais. Ce guide t'explique tout ce que tu dois savoir sur la succession sans testament au Québec en 2026, incluant les changements majeurs apportés par la réforme de l'union parentale entrée en vigueur le 30 juin 2025.
🔎 Qu'est-ce qu'une succession « ab intestat » ?
Quand une personne décède sans avoir rédigé de testament, on dit qu'elle est décédée « ab intestat » (du latin intestatus, « sans testament »). Dans ce cas, c'est le Code civil du Québec qui détermine comment les biens de la personne décédée seront répartis entre ses héritiers.
Autrement dit : c'est la loi qui décide à ta place. Et la loi ne connaît ni tes souhaits, ni ta situation familiale complexe. Si tu viens de France, de Belgique, d'Afrique ou d'ailleurs, sache que les règles québécoises sont probablement très différentes de celles de ton pays d'origine.
🌍 Ce qui change par rapport à la France ou la Belgique
- En France, le conjoint survivant (marié) bénéficie de droits importants et les enfants ont une réserve héréditaire garantie. Au Québec, il n'existe pas de réserve héréditaire — tu peux léguer 100 % à qui tu veux par testament.
- En Belgique, le conjoint survivant a un droit d'usufruit sur toute la succession. Au Québec, le conjoint marié hérite d'une part en pleine propriété (⅓ s'il y a des enfants).
- Différence majeure : au Québec, les conjoints de fait (non mariés, non unis civilement) n'héritent rien par défaut, sauf dans le cadre de la nouvelle union parentale (depuis juin 2025).
📊 Qui hérite sans testament au Québec ? Les règles de répartition
Au Québec, le Code civil établit un ordre de priorité clair. Avant toute répartition de la succession, si la personne décédée était mariée ou unie civilement, le conjoint survivant a d'abord droit à la moitié de la valeur nette du patrimoine familial (résidences de la famille, meubles, véhicules, droits accumulés pendant le mariage dans un REER ou un régime de retraite ; au décès, les gains inscrits au RRQ et les régimes de retraite qui versent une prestation au conjoint survivant en sont exclus) ainsi qu'à ses droits en vertu du régime matrimonial.
Une fois le patrimoine familial et le régime matrimonial réglés, voici comment se répartit le reste de la succession :
| Situation familiale | Part du conjoint (marié/uni civilement/union parentale) | Part des autres héritiers |
|---|---|---|
| Conjoint + enfants | ⅓ (33 %) | ⅔ (67 %) aux enfants, partagés également |
| Conjoint + parents (père/mère), pas d'enfants | ⅔ (67 %) | ⅓ (33 %) aux parents |
| Conjoint + frères/sœurs (parents décédés, pas d'enfants) | ⅔ (67 %) | ⅓ (33 %) aux frères/sœurs |
| Conjoint seul (pas d'enfants, parents décédés, ni frères/sœurs, ni neveux/nièces) | 100 % | — |
| Enfants, pas de conjoint | — | 100 % aux enfants, partagés également |
| Ni conjoint, ni enfants | — | ½ aux parents et ½ aux frères/sœurs (ou à leurs enfants) ; tout à l'un des deux groupes si l'autre n'existe pas ; à défaut, grands-parents, oncles, tantes, cousins… |
🆕 La grande nouveauté 2025 : l'union parentale et ses effets sur la succession
Depuis le 30 juin 2025, une réforme majeure du droit de la famille québécois est entrée en vigueur : le régime d'union parentale. Cette réforme change considérablement la donne pour les conjoints de fait qui deviennent parents.
🔥 Ce qui change avec l'union parentale
- Les conjoints de fait qui ont un enfant commun né ou adopté à compter du 30 juin 2025 sont automatiquement en union parentale.
- En cas de décès ab intestat, le conjoint en union parentale hérite désormais du tiers (⅓) de la succession, exactement comme un conjoint marié.
- Un patrimoine d'union parentale est créé automatiquement (résidence familiale, meubles, véhicules) et doit être partagé.
- Aucune démarche n'est nécessaire — le régime s'applique automatiquement.
Attention : cette réforme ne s'applique PAS aux couples dont tous les enfants communs sont nés avant le 30 juin 2025, à moins qu'ils choisissent volontairement de s'y assujettir par une convention signée devant notaire ou devant deux témoins. Elle ne s'applique pas non plus aux conjoints de fait sans enfant commun.
Sources : Gouvernement du Québec — Union parentale, Chambre des notaires du Québec, Barreau du Québec
💔 Conjoints de fait sans union parentale : tu n'hérites de RIEN
C'est l'une des réalités les plus méconnues au Québec, et probablement la plus choquante pour les nouveaux arrivants : si tu vis en couple sans être marié, sans union civile, et sans être en union parentale, tu n'as AUCUN droit sur la succession de ton conjoint.
📌 Exemple concret
Marc et Sophie vivent ensemble depuis 8 ans au Québec. Ils ont acheté une maison ensemble (propriété conjointe) et ont deux enfants nés avant le 30 juin 2025. Ils ne sont pas mariés et n'ont pas de testament. Marc décède subitement.
Résultat : Sophie n'hérite de rien de la part de Marc dans la succession. Les enfants héritent de 100 % de la succession de Marc. Sophie devra potentiellement racheter les parts de la maison aux enfants. Si les enfants sont mineurs, c'est Sophie elle-même, comme parent, qui est leur tutrice légale : elle gère leur part, mais ne peut pas vendre ni partager la maison à sa guise (au-delà de 40 000 $, il faut l'autorisation du tribunal, sur avis du conseil de tutelle), et le Curateur public surveille sa gestion dès que les biens des enfants dépassent 40 000 $ — vois notre guide détaillé sur la maison, l'indivision et l'enfant mineur héritier pour comprendre exactement ce que ça implique pour Sophie.
En comparaison, dans plusieurs provinces et territoires (Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut — et, selon l'interprétation de sa loi, l'Île-du-Prince-Édouard), les conjoints de fait sont reconnus comme héritiers légaux après une certaine période de cohabitation. Au Québec, cette reconnaissance n'existe toujours pas, sauf dans le cadre de l'union parentale.
🌍 Pourquoi c'est particulièrement important quand tu es nouvel arrivant
En tant qu'immigrant, tu fais face à des défis uniques en matière de succession :
🏠 Pilier financier du foyer
Tu es souvent le seul revenu du ménage pendant les premières années. Si tu décèdes, ton conjoint peut se retrouver sans ressources et sans droit sur ta succession s'il n'y a pas de testament.
✈️ Famille à l'étranger
Tes parents ou d'autres héritiers sont peut-être à l'étranger. Le processus de succession peut prendre des mois, voire des années, et les héritiers internationaux font face à des obstacles administratifs considérables.
📜 Méconnaissance des règles
Les règles de succession au Québec sont différentes de celles de ton pays d'origine. Beaucoup de nouveaux arrivants supposent que leur conjoint héritera automatiquement — ce n'est pas le cas.
🛡️ Comment te protéger ? Les solutions
📝 1. Rédiger un testament
C'est la solution la plus simple et la plus efficace. Au Québec, la loi te donne une liberté totale de tester — tu peux léguer 100 % de tes biens à qui tu veux, contrairement à la France où la réserve héréditaire s'applique. Il existe trois types de testaments :
Source : Gouvernement du Québec — Testament
💰 2. Utiliser des produits financiers avec désignation de bénéficiaire
Certains produits financiers te permettent de nommer un bénéficiaire directement. En cas de décès, l'argent est versé directement à cette personne, sans passer par la succession. C'est plus rapide, plus simple, et ça évite les frais de succession.
✅ Produits qui permettent la désignation de bénéficiaire :
- Assurance vie — Le capital-décès est versé directement au bénéficiaire désigné, en franchise d'impôt. Voir notre guide sur l'assurance vie
- Fonds distincts — Comme un fonds commun de placement, mais avec une composante d'assurance qui permet la désignation de bénéficiaire et contourne la succession. Voir notre guide sur les fonds distincts
- CELI/REER avec bénéficiaire désigné — Au Québec, la désignation de bénéficiaire sur un REER ou un CELI doit être faite par testament ou dans le contrat si c'est un produit d'assurance. Voir notre guide REER | Voir notre guide CELI
💍 3. Se marier ou s'unir civilement
Le mariage ou l'union civile au Québec te donne automatiquement des droits successoraux. Si c'est un sujet que tu envisages, c'est aussi une façon de protéger ton conjoint. Mais sache qu'un testament reste fortement recommandé même si tu es marié, car la part du conjoint marié sans testament n'est que d'un tiers s'il y a des enfants.
⚖️ Le liquidateur de succession : qui s'occupe de tout ?
Au Québec, on ne parle pas d'« exécuteur testamentaire » comme en France, mais de liquidateur. Si tu décèdes sans testament, ce sont tes héritiers qui deviennent collectivement liquidateurs, à moins qu'ils n'en désignent un à la majorité. En cas de désaccord, c'est le tribunal qui tranche.
Le liquidateur doit entre autres : inventorier les biens, payer les dettes et les impôts, produire les déclarations de revenus auprès de Revenu Québec et de l'Agence du revenu du Canada, puis distribuer les biens aux héritiers.
🍁 Et dans les autres provinces du Canada ?
Les règles de succession sans testament varient considérablement d'une province à l'autre au Canada. Par exemple, en Ontario, le conjoint marié reçoit les premiers 350 000 $ avant le partage avec les enfants. En Colombie-Britannique, c'est 300 000 $ (150 000 $ si un des enfants est d'une autre union), en plus des meubles du foyer. En Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, le conjoint hérite même de 100 % si tous les enfants sont communs. Et contrairement au Québec, plusieurs provinces reconnaissent les conjoints de fait comme héritiers légaux.
Autre différence de taille : hors Québec, la plupart des successions passent par l'homologation (probate), avec des frais qui dépendent de la province — nuls au Manitoba, plafonnés à 525 $ en Alberta, mais de 1,5 % au-delà de 50 000 $ en Ontario et de 1,695 % au-delà de 100 000 $ en Nouvelle-Écosse. Au Québec, un testament notarié n'a pas à être vérifié par le tribunal et il n'y a pas de frais proportionnels à la valeur de la succession.
Si tu vis dans une autre province ou si tu prévois déménager, consulte notre guide complet :
📖 À lire aussi : Décès sans testament au Canada (hors Québec) : guide complet par province
❓ Questions fréquentes
Non, sauf si tu es en union parentale (conjoint de fait avec un enfant commun né ou adopté à compter du 30 juin 2025). Dans ce cas, ton conjoint hérite du tiers de ta succession. Sinon, un conjoint de fait n'hérite de rien au Québec sans testament. C'est pourquoi il est essentiel de rédiger un testament.
L'union parentale est un nouveau régime entré en vigueur le 30 juin 2025. Il s'applique automatiquement aux conjoints de fait qui ont un enfant commun né ou adopté à compter de cette date. En matière de succession, le conjoint en union parentale a les mêmes droits qu'un conjoint marié : il hérite du tiers de la succession ab intestat et bénéficie du partage du patrimoine d'union parentale.
Le testament notarié est généralement recommandé. Il n'a pas besoin d'être vérifié par le tribunal après le décès, ce qui accélère le processus et réduit les coûts. Il est conservé par le notaire et inscrit au registre de la Chambre des notaires, ce qui élimine pratiquement le risque de perte et rend une contestation plus difficile (il reste toutefois contestable, par exemple pour incapacité du testateur ou captation).
La meilleure solution est de rédiger un testament dans lequel tu nommes ton conjoint comme héritier. Tu peux aussi utiliser des produits financiers avec désignation de bénéficiaire, comme une assurance vie ou des fonds distincts, qui versent directement au bénéficiaire sans passer par la succession. L'union civile est aussi une option qui confère des droits similaires au mariage.
Au Québec, il n'y a pas de frais d'homologation comme dans les autres provinces. Cependant, les testaments olographes et devant témoins doivent être vérifiés par la Cour supérieure ou par un notaire, ce qui entraîne des frais juridiques et des délais. Seul le testament notarié est exempt de cette procédure.
Un testament fait à l'étranger peut être reconnu au Québec s'il respecte les règles de forme du lieu où il a été rédigé. Cependant, il est fortement recommandé de faire un nouveau testament au Québec, adapté aux lois locales et à ta nouvelle situation. Un notaire québécois pourra t'aider à vérifier si ton testament étranger est toujours valide et à en rédiger un nouveau si nécessaire.
